En 2012, la psychologue Amy Cuddy monte sur la scène de TED pour présenter « Your body language shapes who you are ». Elle avait publié 2 ans plus tôt, avec des collègues de Harvard, une étude menée sur 42 participants dans Psychological Science : 2 minutes de posture ouverte suffiraient à modifier la perception de sa propre assurance. La conférence dépassera les 50 millions de vues.
Un manque de confiance en soi se repère rarement dans les mots qu’on prononce. Il se loge dans des habitudes automatiques : éviter la photo, changer 10 fois de tenue, baisser le regard, se taire en public. Chacun de ces réflexes a un correctif précis, applicable dès le prochain message ou le prochain rendez-vous. Sur les applications, on peut matcher 2 fois par semaine à 47 ans et se sentir devenue invisible sans jamais relier ce sentiment aux gestes qui le nourrissent. Ces 10 signaux valent d’être repérés, chez soi comme chez la personne qu’on commence à fréquenter. Ça évite de saboter une deuxième vie amoureuse qu’on cherche justement à construire sur des bases plus claires.
Les 10 signes discrets d’un manque de confiance en soi
Le psychiatre et psychothérapeute Frédéric Fanget, auteur de La Confiance en soi, comment croire en vous ? (Les Arènes, 2024), a listé les réflexes qui trahissent le plus souvent un déficit de confiance, alors même que la personne concernée ne s’en rend pas compte. Voici les 9 qu’il retient, dans une version adaptée au contexte d’une rencontre :
- Accorder trop d’importance à l’opinion des autres, au point de changer d’avis pour leur plaire.
- Éviter la photo ou la vidéo, par doute sur sa capacité à être intéressant.
- Se laisser influencer facilement, même sur des choix mineurs.
- Penser en boucle « je n’en serai pas capable » avant même d’essayer.
- Accorder peu de place à ses propres ressentis, au profit de ceux des autres.
- Baisser le regard dans une conversation ou une rencontre.
- Changer plusieurs fois de tenue avant de sortir.
- Détester prendre la parole devant un groupe.
- Éviter le trajet le plus direct, comme si le détour rassurait.
À ces 9 réflexes s’ajoute un dixième, propre au contexte des rencontres en ligne : laisser un message sans réponse pendant plusieurs jours ou annuler un rendez-vous déjà fixé sans raison réelle. Il est détaillé plus loin, avec les messages qu’on n’ose pas envoyer.
Le regard fuyant et la posture qui se referme
Le regard reste l’un des signaux les plus lus par un interlocuteur, souvent avant les premiers mots. En 2010, Dana Carney, Amy Cuddy et son collègue Andy Yap publient leurs résultats sur la posture : les participants adoptant une position ouverte pendant 2 minutes rapportaient un sentiment de puissance plus élevé, avec des variations hormonales mesurées par prélèvement salivaire. Ces variations n’ont pas été retrouvées dans une réplication menée sur un échantillon plus large quelques années plus tard. Le sentiment subjectif de puissance, lui, a été confirmé.

Le correctif tient en un geste simple à répéter, à l’opposé d’une pose miracle improvisée avant un rendez-vous : tenir le regard une seconde ou deux de plus que le réflexe de fuite et redresser le buste avant d’envoyer un message vocal plutôt qu’un texte tapé les épaules rentrées. Le regard fonctionne comme un signal d’assurance ou d’indifférence indépendamment du charisme réel de la personne qui le baisse.
Se conformer à l’avis des autres au lieu du sien
Changer d’avis pour ne pas déplaire, se taire pour ne pas contredire, relire un message 10 fois pour deviner ce que l’autre veut lire : ce sont les mêmes réflexes que Fanget associe au fait d’accorder trop de place à l’opinion des autres et pas assez à ses propres ressentis. Le correctif qu’il propose tient en 2 exercices : noter à un rythme régulier ce qu’on a fait de bien sans filtrer, puis demander à des proches bienveillants leur propre liste de ce qu’ils apprécient chez vous et la comparer à la sienne. L’écart révèle souvent une estime de soi plus sévère que le regard des autres.
Ce travail construit ce qu’on appelle l’indépendance affective : ne plus faire dépendre son état d’esprit du dernier message reçu ou du silence qui suit un rendez-vous.
Fuir la photo, la vidéo, le regard des autres
Éviter la photo par doute sur sa capacité à être intéressant a un effet direct et mesurable sur un profil de rencontre : moins de photos récentes, moins de visage visible et une chute mécanique du nombre de matchs. Une photo nette suffit. Pas besoin d’un shooting professionnel : un visage reconnaissable convient, sans filtre qui gomme les traits et avec au moins une image où on est seul, identifiable au premier coup d’œil. Ce réflexe d’évitement se corrige plus vite que les autres parce qu’il se résout en une action ponctuelle : changer 3 photos une fois suffit à casser l’habitude.
L’indécision qui grignote le quotidien
Ce bloc réunit 3 signes : penser « je n’en serai pas capable » avant d’essayer, changer plusieurs fois de tenue avant de sortir et prendre systématiquement le chemin le plus long. Le point commun, c’est une décision qu’on repousse en multipliant les options pour ne jamais avoir à trancher. Le correctif se règle par une contrainte fixée à l’avance, une prise de conscience isolée ne suffit pas : préparer 2 tenues la veille et n’en choisir qu’une entre les deux, se donner 10 minutes pour répondre à un message sans le reformuler pendant une heure entière, se fixer une règle et s’y tenir sans exception, même les jours où la première option semble imparfaite.
La parole évitée, y compris dans les messages
Détester prendre la parole devant un groupe se transpose autrement sur une application de rencontre : le message resté sans réponse pendant 3 jours, le rendez-vous décommandé la veille sans raison réelle. Ce silence numérique ressemble souvent à celui qu’on garderait en face à face, par peur d’envoyer une réponse jugée maladroite plutôt que par désintérêt réel, alors qu’un message même bref et imparfait passe mieux qu’un silence qui traîne.
Répondre vite, y compris pour décliner poliment, fait partie des intentions claires que la plupart des profils recherchent aujourd’hui. Beaucoup redécouvrent le slow dating après une rupture, moins par choix affirmé que par prudence : on prend le temps parce qu’on n’ose pas se précipiter. Rien n’interdit d’aller lentement. Le problème commence quand cette lenteur cache une peur qu’on ne nomme jamais.
Ce que change l’expérience de vie
« L’objectif n’est pas de devenir un surhomme ou une sur femme en faisant de la gonflette de confiance en soi, souligne Frédéric Fanget. Il s’agit de prendre une place parmi les autres : ni plus ni moins qu’eux, une place juste dans une relation équilibrée. »
Corriger ces 10 réflexes retire ce qui, dans le comportement, brouille un message qu’on voudrait clair, sans qu’il soit question de jouer un rôle plus assuré pour mieux plaire. Cette assurance qui ne demande plus de validation constante se retrouve aussi dans les traits qu’on associe souvent à une femme expérimentée, sans que ce soit un objectif à atteindre du jour au lendemain : l’expérience accumule les preuves qu’on a déjà survécu à un rejet et à un silence, sans qu’aucun des deux ait été fatal.
Reprendre une deuxième vie amoureuse après une séparation n’efface pas ces réflexes en une fois. Quand ils s’accumulent et pèsent sur le quotidien bien au-delà des rencontres, un accompagnement thérapeutique reste indiqué pour un travail de fond.
Aucun de ces 10 signes ne condamne une rencontre. Chacun se corrige par la répétition : un discours qu’on se tient une seule fois ne suffit pas. La confiance ne se décrète pas. Elle se regagne un geste à la fois.







